samedi 17 avril 2010

Rimbaud : est-ce lui sur la photo ?

Rimbaud fait partie de ces personnages qui m'ont toujours fasciné, dont je me suis toujours senti très proche, surtout le Rimbaud adulte, étrangement, car j'ai toujours eu l'impression qu'il était le "vrai" Rimbaud, celui qui voulait s'en sortir socialement, faire quelque chose de sa vie, quitte à la risquer dans des régions hostiles, quitte à faire des choses que de nos jours on condamnerait fermement mais qui à l'époque étaient la voie royale vers la fortune, la réussite et l'accomplissement de soi. Quand je pense à Rimbaud, je pense à Joseph Conrad, à Richard Burton (l'explorateur écrivain) et à ces aventuriers non dénués de préjugés mais tellement modernes comparés à leurs contemporains.

Alors quand j'ai appris qu'on avait "trouvé" une photo de Rimbaud à 26 ans, c'est peu dire que ça m'a vraiment touché.
J'ai vu la photo, je n'ai pas reconnu le poète de prime abord, mais très vite j'ai adopté ce visage comme celui du "vrai" Rimbaud, pas le Rimbaud adolescent au visage rond et tellement... adolescent.
Étant suspicieux de nature, j'ai mis de côté mon émotion et mon excitation et j'ai essayé de faire parler cette photo, en la comparant au plus célèbre portrait du poète.

J'ai fait deux montages (vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir) :

Dans le premier, je pars de la nouvelle photo telle quelle pour arriver à la photo de Carjat. D'abord je lui enlève la moustache, puis je superpose le visage juvénile au visage adulte.



Dans le deuxième, je pars de Carjat, j'ajoute une moustache et je change la direction du regard, je superpose le visage adulte, et voilà.



Qu'en penser ? Chacun peut en tirer ses conclusions. Manipulation, aveuglement ? Je ne sais pas.
Une chose est sûre : rien ne prouve que la nouvelle photo représente bien Rimbaud, mais l'argument "il ne ressemble pas!" ne tient pas du tout. Entre 16 ans et 26, on maigrit (surtout quand on crapahute en Afrique).
Les arguments pour :
- Même oreille gauche
- Mêmes paupières tombant vers l'extérieur.
- Même narine gauche (en fait le "trou de nez")
- Même implantation de cheveux (à gauche, partie visible)
- Mêmes proportions du visage : écartement des yeux, des oreilles, nez, menton
- et même si je ne peux les vérifier, les infos selon lesquelles la photo a été prise à l'hôtel où l'Ardennais résidait, à la même période.
- j'ajouterais : les autres photos de Rimbaud adulte (à 30 ou 35 ans), hélas de mauvaise qualité, laissent néanmoins deviner un personnage émacié, le visage dur, loin du cliché de Carjat (devenu "cliché" à force d'être utilisé.)
Arguments contre :
- Rien n'indique sur la photo qu'il s'agisse de Rimbaud, et en effet il pourrait s'agir de n'importe qui un tant soit peu ressemblant.
- Les yeux clairs quand il est jeune le paraissent moins quand il est adulte. Mais des yeux clairs en noir et blanc ne donnent pas toujours l'effet de la photo de Carjat, ça dépend de la dilatation des pupilles. De plus, il me semble que sur la nouvelle photo on devine une clarté du regard, même si ce sont les pupilles qui dominent.
- Le nez en trompette du jeune Rimbaud.En effet. Mais sur la nouvelle photo, le manque d'ombre (la lumière vient plutôt de face, un peu sur la gauche) peu "aplatir" le nez. De plus, on peut remarquer sur la photo de Carjat que le haut du nez est assez large, et comme c'est ce qu'il reste sur la nouvelle photo, ça donne l'impression d'un nez assez épaté ("nez de lion").
- C'est trop beau pour être vrai.
- Si vous en avez d'autres...

Conclusion : pour moi c'est assez beau pour être vrai.

Rimbaud est devenu mythique, entre autres raisons parce qu'il appartient à ces figures mortes jeunes ( les Dean, Guevara, Morrison...). Toutefois, dans son cas, c'est symboliquement qu'il est mort, à 17 ans, avec son inspiration poétique, et sa photo-épitaphe "définitive".
Eh bien, voici un scoop : il a vécu après 17 ans. Je comprends que ça dérange certains de voir que l'archétype du poète jeune et rebelle avait aussi vieilli, mais on pouvait s'en douter... Seule son oeuvre est éternelle.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

AJOUT :

Après avoir navigué sur divers forum, je m'aperçois que nombreux sont ceux qui restent "collés" sur le célèbre portrait de Carjat. Ils refusent le Rimbaud adulte, et pourtant : les autres photos reconnues du poète sont aussi "peu ressemblantes" au célèbre portrait...



Et que dire de cette comparaison ?

6 commentaires:

  1. Bonjour,

    Intéressant, et dérangeant ! Je serais heureux, si cela vous intéresse, de vous inviter à voir l'image en haute définition.

    Cordialement,

    Jacques Desse

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  2. Bonjour JD,

    Je serais en effet ravi de voir l'image en haute définition.

    Sincèrement,
    Dandelion

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  3. PHOTO DE RIMBAUD : JE SUIS L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE MYSTIFICATION

    Je constate que certains journalistes sont plus avisés que d'autres. J'ai eu l'heureuse surprise de dénicher un article de Jacques Quentin http://fauxrimbaud.blogspot.com/ qui parle de moi avec grande lucidité... Je trouve fort flatteur qu'un journaliste (de province) un peu plus futé que les autres ait l'audace d'avancer une thèse fort pertinente à propos de cette nouvelle "découverte", à savoir que je serais l'auteur d'une énième farce médiatique à base d'Arthur ... Il faut dire que ce Jacques Quentin connaît bien son gibier : c'est à ma connaissance le seul qui a dénoncé en toutes lettres et sans la moindre ambigüité l'énorme plaisanterie izarrienne au sujet du "Rêve de Bismarck". C'était en avril 2008.

    Cette fois je n'ai même pas eu besoin d'aller répandre des alarmes sur la toile en expliquant que je suis effectivement l'auteur d'un nouveau coup monté concernant cette photo : ce journaliste provincial à la tête froide s'en est chargé à ma place... C'est dire la profondeur de ses intuitions ! Il est vrai qu'il connaît bien son cher IZARRA, mystificateur obsessionnel à but strictement égocentrique : il ne me fait aucun cadeau quand il s'agit de me disséquer de sa plume tranchante comme la vérité, me sachant sur ce point aussi avare de pincettes à l'égard des exégètes crédules que je m'amuse à faire braire avec mes espiègleries rimbalesques de qualité quasi professionnelle répandues à grande échelle médiatique...

    Mes détracteurs apprécieront.

    Raphaël Zacharie de IZARRA

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  4. (SUITE)

    L'article de Jacques Quentin à mon sujet :

    LES DESSOUS DE LA PHOTO DE RIMBAUD : IZARRIMBAUD ?

    Elle lui ressemblait comme une fille peut ressembler à son père.

    Avec la bonne foi, la sincérité de son âme entière, de son coeur franc (fatalement lucides), le public ne s'y était pas trompé. La France était convaincue !

    Sauf que les tests ADN avaient rendu leur verdict, pétrifiant : désaccord génétique total et définitif entre la fille et son prétendu géniteur.

    La douche froide.

    Qui ne se souvient pas de cette douloureuse affaire Aurore Drossard, fille imaginaire de Montand ? La leçon, authentique cas d'école, doit nous inciter à adopter à l'avenir la plus extrême prudence dans ce genre d'information où la subjectivité peut brouiller les pistes les mieux balisées.

    Or, avec le dernier avatar concernant Rimbaud, nous sommes dans un processus médiatico-hystérique exactement inverse : cette fois ce sont les "spécialistes" qui, enivrés de doctes fumées, se sont eux-mêmes convaincus. Et de quoi donc me demanderez-vous ? Du pire : la mine patibulaire d'un Rimbaud aux antipodes de sa légende esthétique.

    La pilule à du mal à passer chez les vrais-faux admirateurs du poète de Charleville qui, avec ce bon sens inné caractérisant les profanes et les ignorants, doutent.

    La découverte de la photo date de deux ans. Troublant : à la même époque un certain Izarra criait à qui voulait l'entendre -et nul ne semblait vouloir prêter sérieusement l'oreille à ses élucubrations- qu'il était l'auteur du "Rêve de Bismarck", un autre inestimable trésor rimbaldien sauvé des rebuts d'un bouquiniste de Charleville-Mézières. Décidément, le hasard facilite bien des choses dans l'environnement de cet énigmatique Izarra...

    Mais revenons à la tête de Rimbaud. Les spécialistes dont le fameux Jean-Jacques Lefrère se sont basés sur quatre de ses photos (plus ou moins nettes) déjà connues et reconnues pour établir un nouveau dogme avec cette vertigineuse certitude propres aux exégètes de leur niveau, élevés au pain blanchit. La farine universitaire a d'incontestables vertus de salubrité intellectuelle... Bref, c'est avec la même conviction, pour ne pas dire la même ferveur que le "Rêve de Bismarck" fut décrété authentique.

    Rien n'est plus ressemblant à un portrait qu'un autre portrait, pour peu que le coeur s'emballe. On s'interrogera sur les méthodes employées par ces imprudents spécialistes cherchant à faire passer à la postérité le visage d'un parfait anonyme confondu avec Rimbaud sous le prétexte d'une enseigne d'hôtel en guise de (fausse) piste aux stars du Parnasse, de chasse aux mythes... Bertillonnage ? Identification judiciaire ? Tests ADN ? Les rieurs riront.

    Les convictions pour le moins subjectives -autant dire hautement fantaisistes- de Jean-Jacques Lefrère et ses disciples sont une bonne gifle pour nous rappeler qu'à travers ce genre de révélation sensationnelle pleine de flou artistique lié à l'univers de Rimbaud, un Izarra peut toujours en cacher un autre.

    Les érudits échaudés ajouteront : aujourd'hui plus qu'hier.

    Méfiance donc.

    Jacques Quentin
    jacquesquentin@hotmail.fr

    ARTICLE ORIGINAL : http://fauxrimbaud.blogspot.com/2010/04/elle-lui-ressemblait-comme-une-fille.html

    Lire le dossier complet : http://fauxrimbaud.blogspot.com/

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  5. D'abord circonspect - cette prudence au moins est commandée par un souci que n'aurait pas désavoué AR - j'ai fini par être convaincu moi aussi qu'il s'agit bien du visage de Rimbe. On peut ensuite, comme vous l'avez fait Dandelion, se livrer à quelques superpositions comptées - et pour cause - afin de renforcer ce qui n'est jamais qu'une très intime conviction, puisqu'aussi bien il est difficile, en l'état, de l'appuyer sur une preuve irréfutable. A ceux qui comme moi se rangent à votre avis, reste le partage d'un trouble qui vaut tous les airs, même dans des voyages métaphysiques. Et partage pour partage, cher Jacques Desse, pourquoi ne pas nous faire mieux profiter de la brillante inspiration qui vous a guidé, et pour laquelle je vous remercie mille fois, en nous permettant l'accès à l'image en haute définition. Tous les partis n'y trouveraient-ils pas à gagner.
    Izarra, pourquoi ne pas creuser un autre sillon plus méritoire que celui où vous vous obstiner sans qu'il y pousse rien ? QFD

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  6. merci pour votre passage chez moi et pour ce billet fort intéressant sur la photo présumée de Rimbaud.

    je visite votre blog par la même occasion.

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