lundi 8 avril 2013

"Animals" de Pink Floyd : 1977- 2013

Battersea flying pig, Pink Floyds' Animals
The return of the flying pig - Battersea, London





Photo prise le matin du 7 avril 2013 (originale)





samedi 29 mai 2010

Le soleil et le fou

Le fou courait dans les rues pleines de monde.
Les gens s’écartaient sur son passage, tantôt agacés, tantôt moqueurs, souvent indifférents. Le fou s’arrêtait parfois pour les apostropher de sa voix éraillée. Il faisait deux pas de danse devant les boutiquiers méfiants avant de repartir de plus belle, les bras levés au ciel comme pour annoncer un malheur que démentait pourtant le sourire idiot plaqué sur ses lèvres craquelées.
Encore un cinglé, un autre fardeau pour la société, se disaient les gens en le voyant.
« Mort ! Vous êtes morts ! Tous que vous êtes » criait-il entre deux éclats de rire. « Oui ! Des éphémères sortis de l’eau ce matin, et ce soir vous serez retournés au néant, desséchés, réduits en poussière. Ne voyez-vous pas ? Ne comprenez-vous pas ? C'est déjà fini ! »
Certains semblaient reconnaître le pauvre homme et le chassaient distraitement du dos de la main, comme on le ferait avec une abeille aventurée trop loin de sa ruche.
Un jeune homme au regard compréhensif essaya de le raisonner de sa voix douce, un peu par charité, et aussi pour calmer les commerçants passablement énervés par tout ce raffut.
« Mais c’est la Vie, monsieur ! » disait le jeune homme. « Ne voulez-vous pas la vivre, ou laisser les autres vivre la leur en paix ? »
Le fou éclata de rire. « À quoi bon ! Tout cela – il montra la rue, les magasins, les passants qui les contournaient comme un ruisseau contourne des rochers – tout cela n’est qu’un artifice du temps, le présent n’est qu’une illusion de permanence, et qu’on le veuille ou non tout est déjà fini ! »
« Pas pour moi. Je suis jeune ! Le monde est grand et la vie est belle. Que Dieu me garde sur cette terre le plus longtemps possible. »
« Ce ne sera jamais assez long. Jamais ! s'écria le fou. N’avez-vous pas vu le soleil se lever, ce matin ? Dans ma jeunesse, je le regardais s’arracher à l’horizon, lentement, laborieusement, et j’avais le temps ! » Le fou brandit une pomme probablement volée à un étalage et il la tint un instant en l’air. « Oui, j’avais le temps, avant que le soleil n’atteignît son zénith, de faire un millier de choses, et encore mille autres avant qu’il ne se couchât. Et la nuit était plus longue encore ! Une journée, c’était pour moi toute une vie, et rien que penser au mois prochain c’était comme goûter à l’éternité. Je saluais le soleil qui m’offrait tout ce temps sans compter »
« Et maintenant ? » fit le jeune homme plus par politesse que par curiosité, car le fou ne faisait que ressasser des histoires de vieillards, bien qu’il ne semblât guère âgé.
« Vous n’avez donc rien vu ? Ce matin, le soleil s’est levé vif comme une alouette, tout comme hier, tout comme le mois dernier. Ça fait vingt mille fois qu’il passe dans le ciel depuis que je salue sa course, mais il passe de plus en plus vite, comme pour se moquer de ma naïveté, comme l’adulte qui fait semblant de courir moins vite que l’enfant pour l’encourager, mais qui accélère ensuite pour lui rappeler qu’il est le plus fort. Le soleil ne m’attend plus ! Alors, petit, pourquoi devrais-je croire que les cinq mille jours qu’il me reste à vivre ne vont pas passer… comme ça ! » Il claqua des doigts sur ces derniers mots.
« Eh bien, c’est votre perception des choses. » soupira le jeune homme en regardant autour de lui. Il allait reprendre son chemin, il avait assez perdu de temps !
« Non, c’est la vérité », insista le fou en lui agrippant la manche.
« Une vérité parmi tant d’autres. Bon, il faut que… »
« Attendez ! Écoutez-moi bien. Après, vous pourrez retourner à vos occupations ô combien importantes. Je vais vous dire la seule chose dont je sois sûr, la seule vérité de cet univers, aussi vraie que je suis devant vous, plus vraie encore que cette pomme tombera si je la lâche »
Le jeune homme lui accorda une minute. Peut-être le fou avait-il finalement quelque fond de sagesse à dispenser ? Une minute, pas plus, ensuite il retournerait à ses occupations, car il avait en effet tant à faire dans cette journée d’été ensoleillée et prometteuse.
Le fou baissa la voix et s’approcha de l’oreille du jeune homme.
« Je vous le dis : un jour viendra, et pour moi il est déjà arrivé, un jour viendra où votre crâne sera aussi sec, aussi gris que ceux qu’on ramasse quand on retourne les cimetières. J’en vois déjà les cavités sombres, sous vos yeux. Vos dents si brillantes, si alignées, ne seront plus que des cailloux parmi les cailloux, tandis que le soleil, là-haut, continuera à tourner, encore et encore, des milliers, des millions, des milliards de fois jusqu’à exploser d’épuisement, et alors son souffle brûlant dispersera tout, la poussière de votre crâne, la poussière de vos dents, et même s’il n’y aura plus de soleil pour en marquer le passage, le temps ne s’arrêtera pas car le temps est mouvement, le temps rendra toujours plus minuscule l’intermède de votre existence, comme une flamme de bougie dont on s’éloigne dans la nuit profonde. Là est la seule vérité. Ce jour viendra, aussi réel qu’hier, aussi réel que demain. Aussi réel qu’aujourd’hui. Quand je vois un enfant, quand je vois une jeune femme, quand je vous vois, je vois un crâne six pieds sous terre et des gens qui dansent à la surface en attendant leur tour, je vois leur poussière voler au vent rouge de la fin du monde. Nier cette seule vérité, c’est nier la vie à laquelle vous semblez si attaché »
Le jeune homme recula d’un pas, haussa les épaules avec une moue navrée et disparut dans la foule vivante.
Le lendemain, le soleil se leva, comme d’habitude et le jeune homme, qui avait déjà oublié le fou, consacra sa journée à aider son père à refaire le toit de la maison familiale.
Un an plus tard, le jeune homme se mariait, et dix ans plus tard, il était père de cinq vigoureux enfants.
Un siècle plus tard, ça faisait longtemps qu’il était mort, mais ses arrière-petits-enfants se souvenaient vaguement de ce sage vieillard aux yeux doux qui leur répétait que la vie passait aussi vite que le soleil dans le ciel.
Deux mille ans plus tard, sur un site archéologique, on retrouva son crâne sec et gris sous un mètre de terre et de bris de tessons. Les dents toujours bien alignées brillèrent dans un musée une petite centaine d’années, puis les guerres d’un siècle tourmenté fracassèrent la relique, et les morceaux furent éparpillés ; et longtemps, bien longtemps avant que le soleil n’explosât dans une supernova, le crâne et les dents n’étaient déjà plus que poussières minérales dispersées à la surface de la planète morte. Le fou ne s’était trompé que de quelques milliards d’années.

vendredi 23 avril 2010

Un volcan, tout fout le camp

La petite semaine volcanique qui s'est écoulée a eu l'effet d'une poignée de poussière jetée à la face de l'Humanité plutôt stupéfaite par ce traitement (j'en imagine facilement l'allégorie : une grande femme têtue, ignorante, sûre d'elle et un peu schizophrène, le regard glaçant dans un visage sanguin, et qui bégaie d'agacement devant les nuées de cendres.)
On va vite l'oublier, quoi qu'on en pense, et même si on chiffre déjà en milliards d'euros le manque à gagner de la ruche affairiste mondiale.

D'un côté, un banal volcan, quelque part sur une île isolée, surpris à entrer dans une banale éruption - un pet de souris au regard des dernières millions d'années tectoniques, volcaniques ou météoriques, avec leurs pachydermes aux vents cataclysmiques.
De l'autre, une Humanité qui se fait roussir quelques poils à son manteau de vison et qui tape du pied.

Plus sérieusement, voici un évènement terrestre de centième ordre qui donne un coup de bambou à la sacrosainte croissance, à la course effrénée aux "plus de tout en moins de temps possible", et qui fait aussitôt naître des fissures au monument de la mondialisation qu'on a tendance à croire en acier, à l'épreuve de tout, surtout du monde.

Plus le temps passe, plus l'Humanité se mure dans un château sophistiqué, aux remparts de papier peint, aux tours d'allumettes, aux décors en trompe-l-œil, et s'émerveille sur son propre génie à s'émanciper de "Dame Nature" (cette autre allégorie aux gros seins et aux cheveux verts, avec un panda qui fait "ôm" en guise de compagnon).
La force de l'Humanité, c'est qu'elle oublie vite ses faiblesses.
C'est darwinien : plus encore que la méfiance et la prudence, ce sont l'audace et la foi aveugle qui ont permis à cette tribu de primates sans complexe d'imposer sa loi à la biosphère.
Mais cette loi se limite aux autres espèces, largement décimées, exploitées et plutôt larguées dans la course à l'évolution. Elle se limite surtout à ses propres législateurs.
L'Humanité oublie trop vite, et a très peu d'imagination. Elle a du mal à se voir de l'extérieur.
Avec du recul, ce qu'elle verrait, c'est son joli château fait d'ailes de papillon et posé au sommet d'un petite butte de terre, dans une prairie pleine d'éléphants à perte de vue.
Le volcan islandais, ce n'est même pas un acarien qui grimpe aux murs colorés de son "abri".


Je cite, en ordre croissant (et subjectif) de gravité, les bobos et autres tracas que nous pourrions connaître
- des éruptions beaucoup plus longues et volumineuses en Islande ou ailleurs.
- un hoquet solaire - voir l'éruption solaire de 1859
Aussi bête que ça : en 1859, ça a affecté la technologie pourtant grossière des télégraphes. Maintenant, ça foutrait en l'air l'ensemble de nos télécommunications pendant... longtemps, le temps de relancer des satellites, de reconstruire des ordinateurs détruits etc. Et les effets "de bord" : accidents, coûts astronomiques, effets dominos imprévisibles avec les centrales électriques, GROS effets sociaux-économiques, sanitaires...
- Un petit visiteur de l'espace, qu'on appelle communément un bolide, tombant mal, par exemple sur une grosse agglomération. Voir les fréquences et conséquences des impacts de météores et astéroïdes.
- Un supervolcan se réveille. Hiver "nucléaire" garanti, c'est l'orage sur la savane et le château qui se déglingue.
- Un gros visiteur de l'espace. Ça, c'est un éléphant qui foule la butte de terre.
- Une hypernova. Le plus ironique, avec cette dernière menace si hypothétique et si tangible à la fois, c'est que l'événement a peut-être déjà eu lieu, et que ses conséquences ne se feront sentir que lorsque nous entrerons dans son cône de lumière. 10 petites secondes plus tard les carottes seront cuites, et moi avec.

Nul besoin d'évoquer les pires cataclysmes. Il suffit d'un événement de ceux qui frappent tous les dix mille ans, et on aurait vite fait de se retrouver à poil, retour à la case départ, l'ingéniosité en plus, les ressources et les moyens en moins.
Et là, cher lecteurs anonymes et (heureux ?) survivants, vous vous souviendriez de ce message sur ce blog, et vous verseriez une larme en pensant à internet et aux quelques longs siècles avant que cette fragile merveille ne refasse son apparition, et à cet âge d'or que vous viviez sans le savoir.

Je suis différent de vous : moi, j'aurais tendance à enlever le "i" aux verbes conjugués dans le paragraphe juste au-dessus. Mais n'appelez pas ça du pessimisme. C'est juste du réalisme improbable.

samedi 17 avril 2010

Rimbaud : est-ce lui sur la photo ?

Rimbaud fait partie de ces personnages qui m'ont toujours fasciné, dont je me suis toujours senti très proche, surtout le Rimbaud adulte, étrangement, car j'ai toujours eu l'impression qu'il était le "vrai" Rimbaud, celui qui voulait s'en sortir socialement, faire quelque chose de sa vie, quitte à la risquer dans des régions hostiles, quitte à faire des choses que de nos jours on condamnerait fermement mais qui à l'époque étaient la voie royale vers la fortune, la réussite et l'accomplissement de soi. Quand je pense à Rimbaud, je pense à Joseph Conrad, à Richard Burton (l'explorateur écrivain) et à ces aventuriers non dénués de préjugés mais tellement modernes comparés à leurs contemporains.

Alors quand j'ai appris qu'on avait "trouvé" une photo de Rimbaud à 26 ans, c'est peu dire que ça m'a vraiment touché.
J'ai vu la photo, je n'ai pas reconnu le poète de prime abord, mais très vite j'ai adopté ce visage comme celui du "vrai" Rimbaud, pas le Rimbaud adolescent au visage rond et tellement... adolescent.
Étant suspicieux de nature, j'ai mis de côté mon émotion et mon excitation et j'ai essayé de faire parler cette photo, en la comparant au plus célèbre portrait du poète.

J'ai fait deux montages (vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir) :

Dans le premier, je pars de la nouvelle photo telle quelle pour arriver à la photo de Carjat. D'abord je lui enlève la moustache, puis je superpose le visage juvénile au visage adulte.



Dans le deuxième, je pars de Carjat, j'ajoute une moustache et je change la direction du regard, je superpose le visage adulte, et voilà.



Qu'en penser ? Chacun peut en tirer ses conclusions. Manipulation, aveuglement ? Je ne sais pas.
Une chose est sûre : rien ne prouve que la nouvelle photo représente bien Rimbaud, mais l'argument "il ne ressemble pas!" ne tient pas du tout. Entre 16 ans et 26, on maigrit (surtout quand on crapahute en Afrique).
Les arguments pour :
- Même oreille gauche
- Mêmes paupières tombant vers l'extérieur.
- Même narine gauche (en fait le "trou de nez")
- Même implantation de cheveux (à gauche, partie visible)
- Mêmes proportions du visage : écartement des yeux, des oreilles, nez, menton
- et même si je ne peux les vérifier, les infos selon lesquelles la photo a été prise à l'hôtel où l'Ardennais résidait, à la même période.
- j'ajouterais : les autres photos de Rimbaud adulte (à 30 ou 35 ans), hélas de mauvaise qualité, laissent néanmoins deviner un personnage émacié, le visage dur, loin du cliché de Carjat (devenu "cliché" à force d'être utilisé.)
Arguments contre :
- Rien n'indique sur la photo qu'il s'agisse de Rimbaud, et en effet il pourrait s'agir de n'importe qui un tant soit peu ressemblant.
- Les yeux clairs quand il est jeune le paraissent moins quand il est adulte. Mais des yeux clairs en noir et blanc ne donnent pas toujours l'effet de la photo de Carjat, ça dépend de la dilatation des pupilles. De plus, il me semble que sur la nouvelle photo on devine une clarté du regard, même si ce sont les pupilles qui dominent.
- Le nez en trompette du jeune Rimbaud.En effet. Mais sur la nouvelle photo, le manque d'ombre (la lumière vient plutôt de face, un peu sur la gauche) peu "aplatir" le nez. De plus, on peut remarquer sur la photo de Carjat que le haut du nez est assez large, et comme c'est ce qu'il reste sur la nouvelle photo, ça donne l'impression d'un nez assez épaté ("nez de lion").
- C'est trop beau pour être vrai.
- Si vous en avez d'autres...

Conclusion : pour moi c'est assez beau pour être vrai.

Rimbaud est devenu mythique, entre autres raisons parce qu'il appartient à ces figures mortes jeunes ( les Dean, Guevara, Morrison...). Toutefois, dans son cas, c'est symboliquement qu'il est mort, à 17 ans, avec son inspiration poétique, et sa photo-épitaphe "définitive".
Eh bien, voici un scoop : il a vécu après 17 ans. Je comprends que ça dérange certains de voir que l'archétype du poète jeune et rebelle avait aussi vieilli, mais on pouvait s'en douter... Seule son oeuvre est éternelle.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

AJOUT :

Après avoir navigué sur divers forum, je m'aperçois que nombreux sont ceux qui restent "collés" sur le célèbre portrait de Carjat. Ils refusent le Rimbaud adulte, et pourtant : les autres photos reconnues du poète sont aussi "peu ressemblantes" au célèbre portrait...



Et que dire de cette comparaison ?

mercredi 13 janvier 2010

Vertige des gros nombres


Appelons ça la peur du vide de sens. La phobie des abîmes conceptuels.
"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement". La réciproque est souvent fausse !
Ceux qui manipulent - énoncent - des nombres élevés comme des millions, des milliards - ou, à plus forte raison, des grandes puissances de 10, conçoivent peut-être qu'ils manipulent un concept, mais ne réalisent pas forcément ce que cela représente dans la "vraie vie".
J'ai remarqué que, bien souvent, dès qu'on sort un nombre "savant", on se fait dire "j'y comprends rien".
Ou pire, on se fait retourner un regard bovin, genre "je m'en fous". Il n'y a pas plus aveugle ni malpoli, comme attitude.
Je m'explique (car j'exagère, sans doute) : dit-on de quelqu'un qui ne fait pas la différence entre une noisette et une montgolfière qu'il a une bonne vue ? De quelqu'un qui pense qu'une minute ou un jour "c'est pareil", qu'il est ponctuel ?
Pourtant, une montgolfière mesure environ 15m de diamètre, soit 1500 fois la taille d'une noisette.
Et un jour dure presque 1500 minutes.
Mais certaines personnes ne sont pas particulièrement choquées quand on leur dit que la Lune est à 250 km de la Terre. Ou à 600 millions de km. Soit 1500 fois moins ou plus que la réalité.
Ils lèvent la tête, elle est là, grise comme un crâne. C'est tout ce qui compte.

Ça se corse davantage quand les chiffres deviennent vraiment gros. Il y a une sorte de "déni" des dates vertigineuses comme les milliards d'années. Des durées pareilles, ça ne se peut pas, disent ceux qui ont du "bon gros sens" (en fait pas de sens du tout. Des aveugles !)
Eh bien, trente ans font près d'un milliard de secondes.Le sablier n'attend pas pour accumuler son tas, grain par grain. Que le grain soit une seconde ou un siècle. Une vie humaine compte moins de secondes que l'âge de la Terre ne compte d'années.

L'erreur peut être absolue ou relative.
Absolue : par exemple, placer les dinosaures il y a 10 millions d'années, alors qu'ils se sont éteints il y a 65 millions d'années. C'est une erreur absolue de 55 millions d'années, c'est ÉNORME pour un amateur en géologie ou paléontologie, mais c'est honorable pour quelqu'un qui n'y connait rien car le rapport de l'erreur n'est "que" de 5 fois environ.
Relative : "les dinosaures ? bah, c'était il y a 10.000 ans !" (vous savez, ce cliché de l'homme des cavernes, avec un diplodocus et un volcan en toile de fond).Ici, on se trompe de grosso modo 65 millions d'années. Soit un rapport de 6500 fois.
Selon ce rapport, ça reviendrait à croire que le couronnement de Napoléon c'était il y a moins de deux semaines. Et que César a été assassiné début septembre 2009.

C'est la même histoire avec les distances, en pire. Et je ne blâme personne. Demandez-moi où je situe la galaxie M31 (Andromède) par rapport à la nôtre, sans consulter Wikipedia, et je dirai... 100 millions d'années-lumière? En fait elle est à 3 millions d'années-lumière, ce n'est pas très "spectaculaire". Mais c'est-là que ça se corse, pour ceux que les TRÈS gros chiffres affolent : 3 millions d'années-lumière c'est 28 milliards de milliards de kilomètres. Et on parle de la galaxie la plus proche (parmi les grosses) !
En fait, le truc le plus lointain qu'on ait vu se trouve 4000 fois plus loin. Donc à plus de 100 000 milliards de milliards de kilomètres.

La Lune, que relativement pas mal de personnes parviennent à situer dans une fourchette correcte (disons entre 100 000 et 500 000 km, c'est à leur honneur), se trouve 300 millions de milliards de fois plus proche. En gros, Terre--Lune par rapport à Terre --"limites de l'Univers", c'est comme l'épaisseur d'un cheveu (0.1mm) par rapport à ... huit cent mille fois le tour de la Terre taille normale.
Revenons donc à Andromède, une galaxie à peu près de la taille de la nôtre. Si la Terre était une tête d'épingle ou une rognure d'ongle (1mm), le soleil se trouverait à 15 mètres, et Andromède à ... 3 milliards de km, à l'extérieur du système solaire. C'est foutu pour cet exemple. Pas moyen de saisir l'abîme. Mais il existe, je vous le clame du haut de ma rognure !

vendredi 8 janvier 2010

41638 soleils couchants

Il y a 114 ans jour pour jour mourait Paul Verlaine, le poète.
Cent quatorze ans ans, nom de Dieu !
C'était pas hier. Et pourtant ! Sur ce site (Validated Living Supercentenarians), on voit qu'il reste encore 5 personnes dans le monde à être nées avant le 8 janvier 1896.
Dans une semaine, un mois, quelques mois, il est fort probable que cette liste sera réduite à rien. Ça fout le bourdon.
Mais d'un autre côté, ça crée un lien avec des générations lointaines. Dont celle de Verlaine.
Je me dis : "il y a des personnes qui, en ce moment même, respirent, et qui respiraient déjà quand Verlaine n'avait pas encore expiré". Ces personnes (trois Américaines, une Japonaise) n'ont certainement jamais entendu parler du poète, et devraient s'en foutre royalement si on leur expliquait qui il était. Mais on pourrait remplacer Verlaine par Nobel, ou par Emma Darwin (l'épouse de Charles), ou par Pasteur...
114 ans, donc.
Verlaine est mort sans savoir qu'au même instant, quelque part en Autriche, un petit garçon de sept ans mangeait sa soupe ou jouait aux osselets, et que ce gamin deviendrait un demi siècle plus tard le principal responsable d'une guerre monstrueuse.
Il est mort sans savoir qu'un jeune homme de 17 ans, en Suisse, était en train d'achever ses études secondaires, et allait bientôt changer les perspectives cosmologiques de l'humanité, comme Newton l'avait fait deux cent ans plus tôt.
Il est mort sans savoir qu'au même instant, un bambin de 5 mois, Mary Josephine Ray, braillait quelque part en Amérique du Nord en attendant sa tétée. Et que le coeur de cet enfant battrait encore dans le corps d'une très vieille dame, le 8 janvier 2010, 41638 soleils couchants plus tard.

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves

(Verlaine, Poèmes saturniens)

Le Crépuscule des Vaches


... si on est dans l'hémisphère sud ... Il s'agit sinon de l'Aube des Vaches.
Connaissant bien l'arbre qu'on voit en ombre chinoise (c'est un noyer), je pourrais trancher. Mais les vaches, elles, viennent de moules d'origine incontrôlée (quoique... ça doit probablement commencer par un "C"). Donc on ne peut dire avec certitude si les vaches font mufle à l'est... ou à l'ouest.